[Tribune] Le Trophée Andros... obsolescence programmée ?

Un collectif communique...
La cinquième des six étapes du trophée Andros est programmée à Lans-en-Vercors les 20 et 21 janvier prochains. Cette course de voitures sur glace, accueillant également des motos, est organisée depuis 32 ans sur le circuit des montagnes de Lans à côté du stade de neige à 1400m d’altitude.
Après cette année 2022 particulièrement marquée par la chaleur, la sécheresse et la pénurie en énergie, un collectif de citoyens du Vercors se pose la question du bien- fondé du maintien de cette course de voitures et appelle à la construction d’alternatives à cet évènement, aujourd’hui obsolète. Une station-village de moyenne montagne, au cœur du Parc naturel régional du Vercors, n’a-t-il rien de mieux à proposer pour rester vivant et attractif ?

En période de crise énergétique sévère et durable, il est légitime de s’interroger sur la viabilité et l’impact d’un événement tel que le trophée Andros. Celui-ci consiste à faire tourner des voitures électriques, de 300 chevaux environ, et des motos thermiques, de nuit sur un circuit de glace très éclairé, le tout générant un bruit important. Pour être spectaculaire le style de conduite des pilotes repose sur une alternance de freinages et d’accélérations qui induit une surconsommation énergétique et la dispersion de particules fines dans un environnement encore très préservé. Cet évènement se déroule à quelques centaines de mètres d’une zone d’habitats de tétras-lyre, espèce très sensible au dérangement hivernal et dont la protection a été renforcée par la création en 2019 de l’Espace Naturel Sensible des Ramées porté par la commune de Lans-en-Vercors. Peut-on concevoir, en ces temps qui s’annoncent difficiles pour nos concitoyens en état de précarité énergétique, que l’on gaspille une énergie de plus en plus coûteuse, au risque de contribuer au déséquilibre des réseaux électriques et de leur possible effondrement ?

Il y a une Histoire du trophée Andros à Lans-en-Vercors, une petite station de montagne qui a réussi à attirer sur son territoire un événement jusque-là réservé à des stations huppées et prestigieuses. On ne peut nier qu’il a existé une dynamique locale autour de cette manifestation, avec des retombées économiques au creux de l’hiver. Mais on doit aussi reconnaitre que ces retombées n’ont jamais été chiffrées. Quelle est la coloration des euros ainsi récoltés ? Quel est le coût pour la commune et sa régie gestionnaire de la station de ski qui mettent à disposition des moyens importants (mobilisation des services techniques, éclairage électrique nocturne, prise en charge de navettes, prêt d’engins et de matériel avant et pendant la manifestation, ...). De plus, l’acheminement des véhicules de course en camion, les déplacements en voiture individuelle des spectateurs sont autant de facteurs qui viennent surenchérir l’empreinte carbone et, plus largement, environnementale de cet événement.

Le débat sur le rapport coût (environnemental et symbolique) / bénéfice (économique) du trophée Andros ne date pas d’aujourd’hui. Mais la nouvelle donne énergétique et la crise environnementale généralisée à laquelle nous devons faire face, lui confère une nouvelle signification et devrait conduire la commune à s’interroger en profondeur sur la poursuite de cette manifestation. Admettre que le trophée Andros a été un succès pour la commune avec certaines retombées économiques ne dispense pas de s’interroger sur son avenir ; rien n’est éternel en la matière. Au lieu de s’arc-bouter pour faire vivre une manifestation d’un autre âge (celui du gaspillage de l’énergie et du peu de considération pour l’environnement), ne faudrait-il pas plutôt faire appel à l’imagination pour la remplacer par d’autres événements attractifs, plus respectueux de l’environnement et symbolisant la volonté de faire du Vercors une terre pionnière en matière de développement durable ? Après tout c’est cette même imagination dont ont fait preuve en leur temps ceux qui ont attiré le trophée Andros à Lans-en-Vercors.

Au-delà des considérations de valeurs et de symboles, deux faits objectifs suffiraient à eux seuls à refonder la réflexion sur l’avenir du trophée Andros à Lans-en-Vercors :

- Nous entrons dans un monde où les sources d’énergie aisément accessibles à l’Homme vont devenir plus rares, rendant l’énergie elle-même plus couteuse et posant la question de l’équité de son utilisation et de sa répartition. Le bon sens est donc de se préparer à ce monde de rareté énergétique et de se poser dès aujourd’hui les bonnes questions sur la manière dont on va s’y adapter. Le plus tôt sera le mieux car plus on attend et plus cette adaptation sera douloureuse et porteuse de choix faits en urgence avec beaucoup de laissés pour compte à la clef. Dans ce monde de l’énergie rare, il n’y a clairement plus la place pour un trophée Andros.

- Nous sommes dans un monde où les conséquences du changement climatique sur les territoires de moyenne montagne se font déjà très nettement ressentir. Le trophée Andros est un évènement dépendant de la neige et du froid. Cet hiver particulièrement doux devrait nous interpeler, alors même que l’étape du trophée Andros prévue à Tignes, à plus haute altitude, est annulée. Faudra-t-il un jour fabriquer de la neige ou de la glace sur le circuit des montagnes de Lans au mois de janvier pour y faire tourner des voitures ? A l’heure où les stations de montagne cherchent à diversifier leurs activités afin que leurs revenus soient moins dépendants de la neige, est-il judicieux de poursuivre dans une voie qui mise encore sur celle-ci ?

Le trophée Andros sera-t-il victime de la sobriété énergétique ou du changement climatique, l’avenir nous le dira. Ce qui est certain c’est qu’il s’arrêtera bientôt ; la seule question est de savoir si ce sera un arrêt brutal ou un arrêt préparé. Un arrêt préparé dès maintenant, seul permettrait de réfléchir aux implications pour les personnes qui en tirent actuellement bénéfice, si tant est que l’on puisse cerner précisément qui elles sont et si on parle vraiment ici d’intérêts pour notre commune et plus largement pour le Vercors.

Un collectif de citoyens de Lans-en-Vercors.
Contact : François Nougier.



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