Un référendum pour une église fermée depuis 22 ans !

Le 10 avril prochain, aura lieu l’élection présidentielle dans chaque ville et village de France ; à cette occasion, les élus de Rencurel souhaitent profiter de ses deux premières journées de vote, en Mairie, pour interroger les habitants au sujet de la réouverture de leur église, fermée depuis 22 ans, au moyen d’un identique système de bulletin à mettre dans l’urne qui lui sera… consacrée.
Comme il y a environ un peu plus de 250 rencurellois en âge de voter, il est évidemment souhaitable que ce soit le même nombre de bulletin, positif ou négatif, qui se retrouveront dans cette urne.

Juste un peu d’Histoire qui remonte au XIème siècle : en effet, à Rencurel, il a été retrouvé trace d’une église datant de cette époque, construite sur le même promontoire rocheux ; elle était déjà consacrée à Saint-Jean-Baptiste. Sept siècle plus tard, devenue vétuste et trop étroite, l’ancienne église, détruite par un incendie, fut reconstruite, dans les années 1880, par ses habitants, sur le même emplacement ; elle fut ouverte au culte en 1887 et a subi quelques restaurations en 1936 et 1976.

Les fondations ont été creusées dans des limons et, en partie, sur le sol d’un très ancien cimetière, avec des pierres de Marne (roche sédimentaire, mélange de calcite et d’argile) et du calcaire urgonien provenant de la carrière de l’Echaillon (abandonnée en 1936). Elle fut donc agrandie et dotée de deux bas-côtés enserrant la nouvelle nef. L’Abbé Caillat (1880-1944), son nouveau curé, émit fermement le souhait de voir et entendre un carillon dans son clocher ; il fut posé en juin 1939. Il était composé de deux grandes cloches datées de 1887 et de1894, auxquelles ont été ajoutées six petites et un clavier mécanique de type malinois, créé vers 1925 en Belgique ; l’ensemble permettait le jeu d’un vaste répertoire musical. Dans le Département de l’Isère, il n’en existe plus que cinq sur sept, en les églises de Châtenay, de Clelles, de Notre-Dame de La Salette, de Goncelin et de Rencurel.

Pendant la guerre de 1939-1945, devant l’avancée des nazis, ayant peur que « ses cloches » ne fussent enlevées par eux pour être fondue, l’Abbé Caillat s’est fait aider par des habitants de Rencurel (Léon Glénat, Gaston Fanjas et Arnold Perrazi) afin de les déposer et de les enterrer à la cure. Il est raconté, dans le village, que peu de temps après, elles furent transportées et cachées en forêt jusqu’en 1944. Cette année-là, elles ont été reposées dans le clocher, très peu de temps avant le décès de l’Abbé Caillat. Actuellement, les cloches sont toutes en place mais son clavier a été déposé. Le carillon est, encore en 2022, actionné par des marteaux électriques ; les quarts d’heures tintent sur la grosse cloche de 1887 et à 19h l’Angélus retentit aussi pour tous les hameaux environnants. Ce patrimoine exceptionnel mériterait d’être valorisé et remit en fonctionnement ; alors, peut-être, qu’un carillonneur viendrait jouer les mélodies anciennes pour les fêtes et autres grands événements de Rencurel et sa région comme ce fut le cas « avant ».

Fin avril 1962, à 5h47, un tremblement de terre a fortement ébranlé le Vercors ; le village de Corrençon s’en souvient encore [1]. Il est passé à Rencurel, a secoué le village et son église et s’est étendu jusque Grenoble. La secousse sismique a été de magnitude 7 durant 20 secondes.

En 1976, des restaurations furent entreprises sur l’église, auxquels quatre jeunes Compagnons du Tour de France (du Devoir) ont participé. Ils ne pouvaient concevoir un clocher sans Coq et décidèrent d’en façonner un en cuivre afin de l’offrir aux habitants de Rencurel. Le dimanche 29 août, après la Messe, le Coq fut monté à la cime du clocher, sur la croix, par sa marraine, Pascale Perazzi, alors âgé de 21 ans.

Au début des années 1980, des fissures ont été constatées sur les piliers nord et nord-ouest ainsi que sur la voûte. Leurs multiplications et agrandissements furent constatés par La Direction Départementale de l’Equipement durant l’hiver 2001-2002, ainsi qu’un mouvement du sous-sol affectant la façade et les piliers latéraux ; la Maire de l’époque, Madame Joëlle Stanzer, prit un arrêté de fermeture au public en avril 2002. Au moins trois cabinets d’architectes spécialisés dans la restauration d’édifices cultuels et culturels se sont succédés et penchés sur l’état de la jolie église Saint-Jean Baptiste de Rencurel. Je passe sur les rapports quelques peu « farfelus » qui ont coûtés fort cher à la Mairie ; l’un voulait abattre l’église, l’autre envisageait de « couper » l’église en deux et d’y installer un lieu de culte et un autre culturel, le troisième s’est inspiré des conclusions des deux premiers. Les élus de la municipalité de Rencurel prirent des décisions sans l’aide des bureaux d’architectes et les travaux urgents ont été confiés à l’entreprise Glénat afin de solidariser l’ensemble de l’entrée de l’église avec des tirants. A partir de 2015, des relevés mensuels de jauges de dilation ont été mis en place sur les fissures, à l’intérieur de l’église ; elles n’ont révélé aucun mouvement jusqu’à ce jour.

Certains se sont émus devant la situation et ont décidé la création d’une association (Loi 1901) de sauvegarde « église Pierre Vigne ». La présidence en a été confiée à Monsieur Jean Bidault en 2006. Elle s’est donné comme but de récolter des fonds pour la remise en état de l’église.

Je reprends ce qu’écrit Patrick Ollivier-Elliott dans son livre « Vercors – safari-patrimoine » [2] à propos de : « l’église Saint-Jean-Baptiste a bien failli disparaître à la fin du XXème siècle « tant elle menaçait ruine ; cela aurait été dommage car avec sa haute nef, ses deux « collatéraux, son longiligne clocher pointu déporté sur le nord et sa façade néoromane « (que l’après-guerre a malheureusement parée de ciment gris), elle est une honorable « représentante de la Belle Epoque.

« L’intérieur est harmonieux, avec une séparation entre nef et collatéraux assurée par des « colonnes en calcaire blond. Voyez : la Notre-Dame-de-la Salette, en terre cuite ; la remarquable « série de vitraux, où vous identifierez Saint-Jean-Baptiste (tunique de peau de mouton « sous sa chasuble), le Christ (montrant son cœur sacré), Sainte Barbe (ancre et palme), « Saint Louis (qui tient la Couronne d’épines) et Saint Joseph et sa fleur de lys. »
Pensez-vous qu’une telle église pourrait rester fermée à vie ou être détruite ?

Pourquoi « Pierre Vigne » [3] ?

Né en Ardèche, à Privas, le 20 août 1670, Pierre Vigne fut ordonné prêtre le 18 septembre 1694. Il entama une vie de missionnaire en 1706, allant de village en village, tantôt à pieds, tantôt à dos de mulet, prêcher la bonne parole. A cette époque lointaine, les chemins, souvent étroits, étaient très, très caillouteux. Etablit à Boucieu-le-Roi, Pierre Vigne est allé aussi bien à Genève qu’à Lyon ; il a sillonné les chemins du Vivarais, du Dauphiné, du Forez, de l’Hérault, de la Haute-Savoie, de la Haute Garonne comme il est descendu en Diois, remonté vers Valence ou le Vercors, faisant des haltes pour prêcher la bonne parole, baptiser, confesser, célébrer des messes et des mariages comme aussi accompagner les personnes en deuil. Il s’arrêtait chez des amis prêtres ou dans des familles qui l’hébergeaient volontiers. Sa vie était jalonnée de bienfaits, de générosités, d’écoutes et de guérisons miraculeuses. Venant des plaines drômoises, sa renommée courait par de-là les montagnes. En 1715, il fonda l’ordre des « Sœurs du Calvaire » auquel fut adjoint le nom « du Saint Sacrement » en 1721, à Valence [4] ; elles se consacraient principalement à l’éducation des jeunes filles des campagnes.

Au Printemps de 1740, le Père Joseph-François Martinais, curé de Rencurel, demanda à Pierre Vigne d’y venir en mission, pour la fête de la Pentecôte. Il arriva mais, étant malade, il ne put achever sa prédication ; il décéda dans le presbytère de Rencurel le 8 juillet 1740. C’est en procession que son cercueil fut emmené à Boucieu-le-Roi où il fut inhumé dans une chapelle de l’église.
Le 3 octobre 2004, le Pape Jean-Paul II a béatifié Pierre Vigne, en même temps que le dernier Empereur d’Autriche, Charles Ier. Voilà bien une « histoire vraie » qu’ignorent les habitants des Quatre Montagnes ou de Villard-de-Lans, comme d’autres. Et ceux de Rencurel, sont-ils tous au courant ?
L’Ordre des « Sœurs du Saint Sacrement » de Valence existe encore et, de génération en génération, les sœurs qui en font partie reviennent à Rencurel à certaines occasions en souvenir de Pierre Vigne. Ce fut le cas le 27 juillet 2017, jour où, au chœur de l’église de Rencurel, elles ont remis au Président de l’association « Pierre Vigne », Jean Bidault, une statuette et un petit bas-relief représentant Pierre Vigne, pour le remercier de son action au sein de l’association pour la sauvegarde de l’église de Rencurel.

En 2020, Pierre Polessello est devenu le président de l’ association « Pierre Vigne » qui a toujours pour objet : la restauration, l’entretien, la mise en valeur et la préservation de l’église de Rencurel dite église Pierre-Vigne, ainsi que de son patrimoine artistique, architectural, archéologique, historique et naturel, et plus généralement la défense et la promotion du site, l’organisation de chantiers, travaux et manifestations de tout type, telles que conférences, débats, visites, en lien avec la mise en valeur de l’église Pierre-Vigne ainsi que l’organisation de toute collecte de fonds pour la réalisation de son objet [5].

En 2022, l’église Saint-Jean-Baptiste – Pierre Vigne est toujours l’édifice le plus important du village de Rencurel, avec une imposante maison carrée âgée de 150 ans qui appartient toujours à la famille Chabert, une des plus importantes de la région. Dans des temps plus reculés, il y en a eu d’autres dont un château par exemple, tombé en ruine au cours des ans4 mais dont il reste une trace.
Je me permets une requête auprès de vous, rencurelloise et rencurellois ainsi que les lectrices et lecteurs assidus de www.initiatives-vercors.fr, venez en la Mairie de Rencurel, le 10 ou le 11 avril de cette année 2022, pour mettre dans l’urne destinée à l’église du village, le bulletin positif destiné à appuyer l’ouverture de l’église de Rencurel, en toute sécurité ; ou alors postez votre avis à la Mairie (38680) ou mieux en ces temps moderne envoyez un courriel à contact.rencurel orange.fr. Nul doute que les très « anciens » du village qui l’ont construite vous en remercie déjà de là-haut, et, sans nul doute, les habitantes et habitants actuels de Rencurel aussi.

Henrianne van Zurpele
Pour www.initiatives-vercors.fr – Rencurel, le 5 avril 2022


[2Livre : « Vercors – safari-patrimoine » pages 222 à 224 – Patrick Ollivier – Elliott – Editions La Fontaine de Siloé. Ce livre est en réédition prévue pour 2022 ou 23.

[3Livre : « Pierre Vigne en chemin avec les humbles » - Congrégation des sœurs du Saint Sacrement – sous la plume d’Annie Gerest. Editions Nouvelle Cité 2012 – Domaine d’Arny – 91680 Bruyères-le-Châtel – ISBN 9782853136754

[4Congrégation des sœurs du Saint Sacrement – 113, avenue Victor Hugo -26000 Valence – Tél. : 04.75.41.12.44

[5Pour contacter cette association ou faire un don : association.eglisepierrevigne orange.fr



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    Le résultat de ce référendum organisé à la Mairie de Rencurel, dans l’objectif d’une réouverture de l’église du village, est le suivant : Pour : 151 - Contre : 26. 7 courageux ont voté blancs. Ils ont été publiés dans le Bulletin mensuel de Rencurel dans le n° 213 de ce mois de mai 2022 : "Retour sur la consultation d’avril", qu’il vous est possible de lire sur le site du village.

    Je viens de lire l’article de Madame Henrianne van Zurpele , j’ai beaucoup apprécié l’histoire de l’église St Jean-Baptiste de Rencurel ainsi que la photo du bâtiment . Je trouve dommage que cette belle église reste fermée et je fais les voeux les plus sincères pour qu’elle soit de nouveau ouverte au public, que ce soient des chrétiens ou de simples visiteurs qui pourraient éventuellement y laisser une petite somme pour son entretien . J’écris de Kampala (Ouganda).

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